Le portrait du mois : Alain Libéros-Route européenne d’Artagnan

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Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Mon nom est Alain Libéros et je travaille à la Commission Européenne depuis 1990.
J’ai eu la chance de m’investir dans plusieurs dossiers dont la mise en place du marché intérieur, l’innovation, la politique des PME et le tourisme. C’est d’ailleurs dans ce cadre-là que j’ai réfléchi et conçu le projet de la route européenne D’Artagnan. Une route culturelle européenne qui a vocation à être labélisée par le Conseil de l’Europe. L’objectif est donc de créer une nouvelle route culturelle qui sera la première route équestre d’Europe.

Qu’est-ce qui vous a amené à vous installer en Belgique ?

Au départ j’étais au Ministère français de l’Industrie, en charge du dossier sur les entraves techniques aux échanges. J’ai travaillé en coopération avec la Direction des Relations Économiques Extérieures (DREE). Nous étions une petite cellule en charge du règlement des conflits relatifs aux produits industriels dans les passages aux douanes. On gérait des conflits techniques avec nos principaux partenaires (l’Allemagne, le Japon et l’Espagne). C’est à cette époque que j’ai développé un intérêt grandissant pour les dossiers européens. Je venais d’ailleurs régulièrement à des réunions qui se tenaient à Bruxelles pour représenter la France sur certains dossiers.

On a commencé à créer dans les années 1980 une approche rationalisée des certificats NF pour contribuer à la qualité des produits industriels. J’ai ensuite participé à la création avec des collègues du ministère de l’environnement du premier « NF vert » c’est-à-dire le marquage français qui assure le respect de l’environnement. On a mis cela en place en France et on négociait aussi en parallèle des partenariats avec l’Allemagne et le Canada. J’ai suivi par la suite une formation en droit européen à Paris et je suis finalement arrivé à la Commission européenne afin de mettre en place le marquage CE, qui peut être considéré comme le complément de ce que j’avais fait en France avec le NF, pour assurer la sécurité et la libre circulation des produits industriels dans le marché unique.

Vous travailliez pour la Commission Européenne ; d’où vous est venue l’idée de fonder la route européenne D’Artagnan ?

Je suis gascon d’origine et après 20 ans de carrière je me suis dit « qu’est-ce que je peux faire pour la Gascogne ? »(ayant passé une enfance très heureuse dans cette région.)
Ayant travaillé dans le tourisme, j’avais une connaissance des routes culturelles européennes (et ayant moi-même fait le Saint-Jacques de Compostelle du Puy en Velay à St Jacques en 2013). Pourquoi alors ne pas créer une nouvelle route avec pour thématique les mousquetaires, le tourisme équestre, afin d’ancrer davantage la Gascogne dans l’Europe ?

C’est lors d’une sortie équestre dans les Ardennes en 2011 que j’ai eu ce déclic. Un collègue breton m’a dit : « Si nous avions un homme comme D’Artagnan chez nous en Bretagne, on l’utiliserait beaucoup mieux que ce que vous en faîtes, vous, au niveau européen ! »

D’Artagnan est né à Lupiac et est mort à Maastricht. Mon idée au départ était de créer une route européenne équestre et de relier ces deux points en passant par Paris. J’ai ensuite appris que Mme D’Artagnan était originaire de Bourgogne, donc on a créé la route de Madame D’Artagnan. On a ensuite échangé avec Odile Bordaz, notre historienne qui nous a dit que ces deux routes ne recouvraient pas entièrement les dimensions historique et romanesque de notre héros gascon. En effet, Louis XIV avec ses mousquetaires, s’est aussi promené à travers la France pendant un an avant de se marier avec l’Infante d’Espagne en juin 1660 à St Jean de Luz. Du coup nous avons proposé au final 6 routes : La Route du Roi, la Route de Madame d’Artagnan, la Route des Cardinaux, la Route des Mousquetaires, la Route de l’Infante et la Route de Pinerolo. Pour être labélisé par le Conseil de l’Europe, il est nécessaire de créer un Comité scientifique pour prendre en compte et développer les références historiques, contribuer au développement économique et touristique des territoires traversés, et enfin proposer un projet pédagogique qui va nous permettre de créer une "Ecole des Petits Mousquetaires Européens" avec des modules de formation des jeunes à l’équitation, à l’escrime et à la citoyenneté européenne. Donc au final ce projet va se développer sur 4 000 km de voies vertes, sur 6 pays et 15 régions : l’Allemagne, les Pays-Bas, la Belgique, l’Italie, l’Espagne et la France.

L’idée est qu’il y ait toute la logistique derrière la route : les hébergements, les vétérinaires, les maréchaux ferrants, etc... Et cela avec un budget moyen de 60 euros par jour pour les cavaliers. Grâce à une étude, on a identifié qu’il y avait 6 millions de cavaliers de loisirs dans l’Union européenne. On a fait une petite extrapolation avec des pays tels que les Etats-Unis ou l’Australie où il y a une culture du cheval et on arrive à près de 10 millions de cavaliers dans le monde qui constituent un potentiel important de développement de la Route d’Artagnan à moyen terme.

A la fin de la route, on reçoit un certificat en français et en gascon, la "dartagnane" qui est l’équivalent de la Compostela quand on arrive à St Jacques de Compostelle. Il y a aussi un "livret du mousquetaire européen" : c’est un document pédagogique qui permet d’expliquer ce qu’on peut obtenir comme récompense mais qui permet avant tout de valider les points de passage afin de déterminer la distance parcourue afin d’attribuer le mousquetaire de bronze (400 kms) , d’argent (800 kms) et d’or (pour ceux qui auront fait la totalité de la Route Lupiac-Maastricht)

L’idée est de développer progressivement de nouveaux concepts pour le développement des territoires. On souhaite développer par exemple des visites thématiques sur D’Artagnan à Toulouse, Bordeaux parce que cela n’a pas encore été fait alors que Louis XIV et ses mousquetaires y ont séjourné plusieurs mois pendant le voyage nuptial en 1659 et 1660.L’objectif est de mettre en place des projets territoriaux D’Artagnan et mettre en scène au sein de différentes communes et/ou communautés des projets touristiques, culturels et pédagogiques spécifiques sur la route D’Artagnan.

La Route est également un élément-clé du festival D’Artagnan depuis 2015, un festival qui a lieu chaque année au mois d’août à Lupiac. En termes de promotion, l’objectif est de travailler par la suite avec les agences de voyages, opérateurs et les organisateurs de randonnées équestres. Une fois retraité, je compte faire la promotion de la route aux Etats-Unis, en Australie, en Argentine ... Je compte également travailler avec la fédération internationale de tourisme équestre afin de promouvoir et continuer à développer la route D’Artagnan. Que de beaux projets en perspective !

Dernière modification : 16/08/2017

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