Portrait du Centenaire - Didier Pontzeele et Pierre Lemaire, chargés d’entretien belge et français des nécropoles

Lundi 15 octobre 2018, nous nous sommes entretenus avec Didier Pontzeele, Responsable du service des sépultures belges et Pierre Lemaire, son homologue français pour le territoire belge. L’occasion pour nous de leur poser quelques questions sur leur métier à l’occasion du Centenaire de la fin de la Première Guerre Mondiale.

Quel est votre parcours ?

Didier Pontzeele : J’ai étudié les langues modernes et les mathématiques et vers l’âge de 19 ans je suis entré dans l’armée comme sous-officier de carrière. J’ai travaillé dans la police militaire puis dans un bataillon de transmission en Allemagne. Malheureusement, pour des raisons de santé, j’ai dû opérer un changement de troupe. J’ai continué à travailler pour l’armée belge mais sur un poste administratif. Enfin c’est en 2008 qu’un de mes amis, qui occupait mon poste actuel, m’a téléphoné pour me dire que la place allait se libérer et j’ai donc décidé de me positionner sur le poste.

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Pierre Lemaire : J’ai fait des études d’ingénieur en électromécanique puis je suis devenu officier de marine marchande. Je n’ai pas pu continuer car ma vue baissait et à l’époque, il n’était pas possible de porter de lunettes sur les bateaux. Je me suis dirigé vers une licence en informatique où je me suis spécialisé en informatique bancaire et financier et j’ai commencé à travailler pour des sociétés américaines. J’ai donc beaucoup voyagé pour le travail, que ce soit aux Etats unis, à Paris, ou encore au Luxembourg.

Lorsque j’ai décidé de prendre ma retraite à 62 ans, la société pour laquelle je travaillais depuis quinze ans a voulu me muter à Amsterdam mais j’ai refusé. Je suis resté à la maison pendant un an et j’ai beaucoup voyagé. Avec des collègues nous avons créé une société mais à cause de la crise nous avons dû revendre la société et je suis retourné à la maison pendant six mois où je m’ennuyais. Finalement une opportunité pour le poste de chargé de l’entretien des nécropoles militaires françaises s’est ouverte à Bruxelles et je l’ai saisie.

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Pouvez-vous nous en dire plus sur vos missions ? Sont-elles similaires ?

DP : Le service de sépulture de guerre belge fait partie du War Heritage Institute. Pour la Défense, nous gérons 21 cimetières militaires et 80 pelouses d’honneurs, équivalent des carrés militaires en France. La différence entre les cimetières militaires et les pelouses d’honneurs est infime, ce sont exactement les mêmes personnes qui y sont enterrés mais les appartiennent au domaine militaire, les autres aux communes. Je gère environ 2400 tombes pour le Commonwealth War Graves Commision qui se trouvent un peu partout en Belgique, je roule donc environ 40 000 km par an. Plus de 3 800 tombes belges sont en France et dispersées sur environ 210 sites en France. Je passe la majorité de mon temps à contrôler l’entretien des caveaux mais je fais tout de même un peu d’administratif.

PL : En Belgique il y a environ 35.579 soldats dont 16.500 ont une tombe individuelle et 19.000 reposent en ossuaire comme non identifiés. Nous avons des nécropoles nationales et des cimetières français. Dans les nécropoles nationales, il n’y a que des soldats français alors qu’un cimetière militaire français peut regrouper des soldats français, anglais ou belges… Il y a aussi les carrés militaires qui sont dans des cimetières communaux. Si nous comptons les cimetières civils, nous arrivons à un total de 114 lieux mémoriels. Je parcours environ 16 000 km par an. Tous les jeudis, je vais dans les cimetières vérifier que tout est en ordre. J’accompagne également des entrepreneurs car il peut y avoir des travaux de rénovation et de restauration dans ces cimetières. Concernant mes autres missions, je suis en charge de la recherche. En effet des familles nous envoient des courriels à la recherche de soldats. Avant nous avions des listes sous format papier, ce qui n’était pas pratique. Nous avons donc passé un accord avec le musée In Flanders Fields à Ypres qui a repris toutes nos listes papier, a tout encodé puis a fait vérifier les données par des volontaires. Aujourd’hui, ces listes peuvent être consultées par tout le monde dans la section recherche du site du musée : http://www.inflandersfields.be/fr.

Comment décririez-vous la coopération franco-belge ?

PL : Cette coopération est parfaite. La Belgique nous rend un très grand service car lorsqu’un soldat est retrouvé, la première question qui se pose c’est de savoir de quelle nationalité il est. Pour cela les archéologues et les armées belges font une enquête et ils déterminent sa nationalité. Par exemple, s’ils découvrent un cadavre qui a des lacets en cuir alors ils savent que c’est un soldat français, car nous étions la seule armée qui utilisait ce type de lacets. C’est à ce moment-là qu’ils nous préviennent.

DP : En revanche, s’il n’y a rien, la loi belge dispose que nous devons l’enterrer comme militaire belge inconnu. Le problème c’est qu’en Flandres, tous les cimetières belges sont classés comme monuments historiques et sont clôturés. Nous ne pouvons plus enterrer dans les cimetières, sauf à quelques endroits. C’est pourquoi, en 2013, j’ai proposé de créer une crypte souterraine assez large et utilisable pendant des dizaines d’années sans changer quoi que ce soit dans le cimetière.

Pouvez-vous nous raconter les différentes étapes après la découverte d’une dépouille ?

PL : Lorsqu’un soldat est identifié français, Didier m’appelle et je me rends à la morgue militaire. J’y trouve alors un sac à ossements. Ces derniers sont répertoriés aux marqueurs. Je dois signer quelques papiers pour récupérer les ossements. Ensuite nous les remettons dans un sac à cadavre avant de le mettre dans le cercueil. Pour des raisons de respect, nous ne mettons pas ces ossements directement dans un cercueil en bois car ils ne tiendraient pas en place et claqueraient contre les parois. Nous avions l’habitude de faire une inhumation à chaque fois mais nous découvrons de plus en plus de soldats et nous ne pouvons plus nous le permettre. En effet, Fluxys (groupe d’infrastructures de transport de gaz naturel basé en Belgique) est en train de creuser un gazoduc près d’Ypres. C’est un endroit où nous nous sommes battus. Nous découvrons donc plus de soldats qu’avant.

Pour revenir sur l’article consacré au Centenaire de la Grande guerre

Dernière modification : 14/11/2018

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