Portrait du Centenaire - Le Lieutenant Colonel Claude Michel, délégué général du Souvenir Français pour la Belgique

Pour célébrer le Centenaire de la Grande Guerre, nous avons posé nos questions à divers acteurs de la mémoire française en Belgique. Le Lieutenant-Colonel Claude Michel est délégué général du Souvenir Français pour la Belgique.

Pouvez-vous vous présenter ? Pouvez-vous nous présenter votre parcours ?

Je suis né en Belgique, il y a déjà 75 ans. J’ai été élève au Lycée Français de Belgique lorsqu’il était encore au boulevard Poincaré à Anderlecht et ne s’appelait pas encore Lycée Jean Monnet, puis au lycée Janson de Sailly à Paris. Ingénieur diplômé de l’École Centrale de Lille, je comptais faire carrière en France.

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Après avoir travaillé 10 ans à Paris chez Procter & Gamble France dans les ventes, la distribution et les achats, la société m’a transféré en 1980 à son centre européen de Bruxelles. Retour aux sources !

J’y fis tout le reste de ma carrière. J’ai participé à la création d’une organisation européenne des achats, et puis d’une organisation globale, avec diverses responsabilités pour l’Europe, l’Afrique et le Moyen Orient. Cela m’a permis de beaucoup voyager, notamment en Égypte et au Maroc, dans les pays arabes, en Europe de l’Est et en Russie. C’était passionnant !

Parallèlement, j’ai suivi une carrière militaire dans la Réserve. Après mes études d’ingénieurs, je suis sorti sous-lieutenant de l’École d’Application des Transmissions en 1967 et j’ai effectué mon service militaire dans les Troupes de Marine à Saint Malo. Ce fut une expérience extrêmement enrichissante sur le plan humain. C’était un milieu que je ne connaissais pas du tout, la Coloniale ! L’Arme de tous les héroïsmes et de toutes les abnégations, comme disait le Maréchal Lyautey. Ce fut un service militaire actif, qui m’a donné l’esprit de défense, l’envie de défendre mon pays.

Après mon service, je fus affecté au 54e RIMa à Pontoise, régiment de Réserve de 2e catégorie. Je fis les stages de franchissement de grade à l’École d’Application de l’Infanterie. J’étais Officier Opération à l’E-M du régiment, lorsque je fus transféré professionnellement à Bruxelles.

A Bruxelles, on me demanda de prendre la direction du CEPR, nouvellement créé pour la Belgique et les Pays-Bas et dépendant de la 21e DMT à Lille. CEPR signifie centre d’entraînement et de préparation des réserves. C’est là que je fis la connaissance des officiers et sous-officiers français, réservistes comme moi et résidant en Belgique.

Plus tard, avec l’âge et la réduction des effectifs, je fus admis dans l’Honorariat.

Quelle est la mission du Souvenir Français ? Quel est votre rôle au sein du Souvenir Français ?

Association nationale fondée en 1887, régie par la loi de 1901 et reconnue d’utilité publique en 1906, le Souvenir Français, avec près de 200,000 adhérents et sympathisants à travers le monde, a pour vocation :

  • de conserver la mémoire de ceux et celles qui sont morts pour la France au cours de son histoire ou qui l’ont honorée par de belles actions, notamment en aidant les autorités à l’entretien des monuments élevés à leur gloire, tant en France qu’à l’étranger.
  • d’animer la vie commémorative en participant et en organisant des cérémonies nationales et des manifestations locales qui rassemblent les différentes générations autour de leur histoire
  • de transmettre le flambeau du souvenir aux générations successives en leur inculquant, par la connaissance de l’histoire l’amour de la Patrie et le sens du devoir.

En Belgique nous essayons, dans la mesure du possible, de remplir cette mission, sachant qu’au cours des siècles, la Belgique fut fréquemment le théâtre des guerres européennes auxquelles prirent part les armées françaises : 35.000 soldats français, tombés sur le sol belge au cours des deux derniers conflits mondiaux, reposent encore dans 119 nécropoles, carrés militaires et cimetières communaux de Belgique.

Comme dans presque chaque département français, il existe en Belgique une Délégation Générale. Je suis donc le délégué général, nommé par Paris.
Six comités du Souvenir Français ont été créés à ce jour en Belgique : en Flandre Occidentale, en Flandre Orientale, à Mouscron, dans le Tournaisis, dans le Val de Sambre et dans la province de Luxembourg. A leur tête se trouvent des présidents nommés par Paris sur proposition du délégué général. Ce sont les cellules actives de la délégation générale.

Pour représenter le Souvenir Français à travers toute la Belgique, un réseau de délégués locaux a été mis en place. Ceux-ci dépendent des présidents de comité, lorsqu’il y en a un, ou directement de la délégation générale.

Enfin le Souvenir Français reconnaît ne pas avoir l’exclusivité de la mémoire, surtout en Belgique où il existe de nombreuses associations patriotiques belges ou franco-belges. Nous avons signé des conventions de partenariat et d’affiliation avec 13 d’entre-elles.

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Pourquoi avez-vous choisi de vous investir dans cette association précisément ?

Par patriotisme et par volonté de servir la France bénévolement. Cela me semble être logique pour un ancien officier de réserve, français de Belgique.
La Mémoire peut être individuelle, familiale ou collective. Elle est l’un des piliers du vivre ensemble dans nos communes, dans nos régions, dans nos pays. Elle est le ciment de nos nations. C’est le partage d’un passé commun sur lequel nous voulons construire ensemble le futur.

Selon vos propres mots, en quoi consiste le devoir de mémoire et dans quelle mesure est-il important ?

Commémorer ce n’est pas se tourner avec nostalgie vers un passé révolu. Une commémoration, ce n’est pas seulement un événement médiatique. C’est un geste, qui parmi d’autres, permet de conserver et de transmettre la Mémoire ; qui permet de se souvenir du passé, pour donner du sens au présent et garantir un avenir. C’est une manière d’exprimer une même volonté pour construire un futur sur des bases communes.

Quels événements et cérémonies ont été organisés/ou auxquels le Souvenir Français a pris part tout au long du Centenaire 2014-2018 ?

Sur les 12 derniers mois nous avons participé à plus de 110 cérémonies comme par exemple pour la Bataille des Frontières, la Course à la mer, les batailles de l’Yser et du Saillant d’Ypres, l’offensive de 1918, l’intervention française de mai 1940 avec les batailles de chars et la bataille de Gembloux, retraite vers Dunkerque.

Nous nous sommes également investis dans la restauration de plusieurs monuments, notamment du monument à la 32e DI près du Mont Kemmel, qui avait été foudroyé en mai 2016, et nous avons participé à un panneau mémoriel à Bellefontaine. A date, le fleurissement des tombes et monuments nous a coûté environ 3,300€.

Comment pourrions-nous contribuer/aider l’association du Souvenir Français dans la réalisation de ses missions ?

En faisant connaître le Souvenir Français aux nombreux Français de Belgique : la cotisation annuelle est de 10€ ! A ce jour la majorité de nos adhérents est de nationalité belge, mais tous sont amoureux de la France et plein de reconnaissance pour nos soldats, comme l’atteste le panneau mis à l’entrée du cimetière militaire de Laclaireaux (Ethe-Virton) :

« Vous qui lirez ces noms allez dire à la France qu’ici dorment ses fils tombés pour son drapeau, qu’ils ont gardé l’honneur et sauvé l’espérance et que des cœurs amis veillent sur leur tombeau ».

Bien sûr, la délégation du Souvenir Français en Belgique a besoin d’un soutien matériel. Dans cette association, nous sommes tous des bénévoles.

Pour revenir sur l’article consacré au Centenaire de la Grande guerre

Dernière modification : 14/11/2018

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