Portrait du Centenaire - le Lycée Français Jean Monnet et le Centenaire de la Grande Guerre

Afin de célébrer le Centenaire de la Grande Guerre, nous avons posé quelques questions à divers acteurs de la mémoire française en Belgique. Des professeurs et des élèves du Lycée français Jean Monnet à Bruxelles ont mis en place plusieurs projets à la fois éducatifs et culturels. Ce portrait nous permettra d’en découvrir quelques-uns.

Exposition d’affiches sur la 1ère Guerre mondiale – Classes de 3ème Madame Vandewalle

Pouvez-vous nous dire comment est né ce projet d’exposition ?

J’enseigne l’histoire-géographie en particulier en classe de 3ème et j’ai coordonné la préparation d’une exposition d’affiches sur la sortie de guerre. Nous sommes partis d’un contact avec le Service des archives générales du Royaume de Belgique qui dispose d’un fond très riche sur cette période. A partir de là, nous avons fait travailler les élèves en petits groupes pour construire des panneaux d’exposition présentant des lots de 2, 3 ou 4 documents. Les élèves ont travaillé sur 3 pays : la Belgique, la France et l’Allemagne de 1918 à 1925 ce qui nous permet de recueillir une triple vision de cette période d’après-guerre. Pour la traduction et les explications du contexte, nous avons bénéficié de l’aide d’un collègue qui enseigne l’histoire-géographie en allemand. En ce qui concerne l’analyse de documents par les élèves, ce sont des méthodes qui sont essentielles et au cœur de leur apprentissage.

Ce projet nous permet d’avoir une perspective européenne au-delà de la vision française de la guerre qui est étudiée en cours. Aujourd’hui nous nous sommes réconciliés, mais il reste des incompréhensions et des méconnaissances de ce qui s’est passé en Allemagne ou sur le front belge. Nous espérons que l’exposition sera utile de ce point de vue-là.

L’exposition est mise en place depuis le lundi 12 novembre à la médiathèque Agnès Varda. Nous avons préparé en tout 29 panneaux. Nous avons donc préparé un questionnaire pour guider les autres classes tout au long de la visite pour inciter les élèves à visiter l’exposition. Le but est de piquer leur curiosité. Le 11 novembre est commémoré chaque année. Cette exposition est l’occasion de marquer le Centenaire, pour que les élèves s’en rappellent.

En tant qu’élève, comment s’est déroulé votre travail et qu’avez-vous tiré de cette expérience ?

Edouard : Nous avons travaillé sur une affiche présentant les différentes alliances de la Première guerre mondiale. Nous avions un document sur les troupes anglaises et les colonies ainsi qu’une affiche de propagande avec tous les drapeaux des pays de l’Entente qui tombaient sur Guillaume II à genoux, pour montrer que c’était bientôt la victoire. Ce que je ressens après ce travail, c’est que les personnes plus âgées ont subi cette souffrance sourde. Une peine que, cent ans après, nous n’avons plus.

Julien : J’ai travaillé sur une affiche sur les fronts de guerre. J’ai par exemple découvert qu’il y avait eu des fronts de guerre en Hongrie et en Bulgarie.

Gaëlle : J’ai travaillé sur une affiche de l’après-guerre évoquant les soldats qui s’étaient fait expropriés, qui n’avaient plus de chez eux. Les citoyens pouvaient leur envoyer de l’argent pour qu’ils puissent retrouver une maison et de quoi vivre. J’ai été un peu choquée par tout cela. Il y a eu beaucoup de morts, de changements de frontières en Europe, et des familles qui se retrouvaient sans mari ni père.

Hélène : J’ai travaillé sur une affiche sur les soldats morts qu’on n’a pas pu identifier et sur les monuments érigés pour les commémorer en Belgique.

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Projet de livre sur la 1ère Guerre mondiale – Classes de 6ème, Mme Botella

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Pouvez-vous nous présenter les deux projets réalisés à partir du tableau d’Albert Herter ?

Claude Botella : Je suis tombée sur le tableau d’Albert Herter à la gare de l’Est et c’est à partir de là que j’ai eu l’idée de le rendre vivant avec les élèves. L’idée était de faire sortir de la toile des personnages qui racontent à tour de rôle comment était la guerre : à travers la rédaction d’un livre avec mes classes de 6ème et via le théâtre avec mes classes de 3ème. Les élèves ont écrit eux-mêmes leur texte.

En tant qu’élève, comment vous avez contribué à ce projet ?

Raphaëlle : J’ai 11 ans, je suis en 6ème et j’habite en Belgique depuis cette année. Madame Sophie Daxhelet est venue nous aider à faire notre livre avec du brou de noix et nous avons reconstitué toutes les images et tous les textes que nous avions trouvés puis nous avons essayé de faire une suite logique pour que ça fasse un livre.

Emilie : Je m’appelle Emilie, j’ai 11 ans et je suis en 6ème. J’habite en Belgique depuis un an. Dans le livre il y en a qui ont décrit ce qu’était la guerre sur le champ de bataille, d’autres ce qu’était le travail dans les champs sans les hommes. Il y en a quelques-uns qui ont apporté des lettres ou des images et il y a même une élève qui a apporté un casque de la Première guerre mondiale ! Pour les images nous avons décalqué ou photocopié. Le livre n’est pas encore terminé. Nous avons retenu de cet exercice qu’il faut bien rechercher dans les livres pour trouver les informations.

Raphaëlle : … et demander autour de soi, à ceux qui connaissent !

Qu’avez-vous retenu en travaillant sur la Première guerre mondiale ? Vous avez l’air ému en en parlant…

Raphaëlle : Moi oui, beaucoup. C’est dur. J’ai demandé à mon arrière-grand-père s’il avait quelque chose et il m’a ramené une photo avec un texte et aussi un taille-crayon en forme de canon.

Emilie : Moi, j’ai retenu que les femmes ont dû beaucoup travailler ou encore que certains hommes ont essayé de fuir en se blessant eux-mêmes pour pouvoir rentrer chez eux. Moi, mes grands-parents m’ont donné des lettres, un portrait et une photo dans les tranchées où on voit des poilus qui avaient adopté un chat.

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Pièce de théâtre sur la 1ère Guerre mondiale – Classes de 3ème, Mme Botella et M. Laboux

M. Laboux : Nous avons veillé à ce qu’il y ait un minimum de contenu historique sans en faire trop. L’objectif est de donner un aperçu des civils et des militaires pendant la Première guerre mondiale, ce qui constitue le programme de 3ème en histoire-géographie et en français.

Pour récapituler, le tableau a été réalisé par un Américain qui a combattu en 1914-1918 et a dépeint des personnages qui sont devant un train de combattants de 14-18 partant au combat. On y voit différents personnages qui attendent ou disent au revoir à leurs fils. Nous avons imaginé un curé qui raconte sur le quai de la Gare les atrocités des Allemands ou encore une infirmière s’occupant des soldats blessés et agonisants. Comme nous sommes en Belgique nous avons imaginé une infirmière qui s’appelait Edith Cavell afin de lui rendre hommage. Nous avons également imaginé un cardinal Mercier racontant à qui veut l’entendre les exactions commises.

Ainsi, dans la pièce, chaque élève se détache à tour de rôle et joue un civil de 14-18 ou un militaire. Tous les aspects de la guerre apparaissent à travers ces différentes interventions : 10 au total. Il y a ensuite un interlude musical joué avec ma collègue professeure de chant, Madame Manuelov, qui fait chanter les élèves sur une chanson de M. Gaby datant des années 1914-1918. A la fin les élèves s’avanceront et diront « Plus jamais ça ! » dans des langues différentes. Nous projetterons le drapeau européen comme symbole. L’objectif est vraiment de faire le lien avec aujourd’hui et l’Union européenne, la paix dans l’Union européenne. C’était aussi l’occasion de rendre hommage à nos soldats puisque nous avons 9 élèves du lycée français qui sont morts au combat.

Pour les costumes, l’association du Souvenir français a tout de suite été disponible. Ils nous ont donné le contact pour le prêt d’uniformes d’août 1914 avec des casquettes rouges. Ils ont aussi deux uniformes d’infirmière. Ce sont des uniformes qu’ils ont refaits pour des reconstitutions. Pour les coiffes d’infirmière, les élèves en ont commandé sur internet.

Pourquoi est-ce intéressant de commémorer la première guerre mondiale sous forme d’une pièce de théâtre ?

Blanche 12 ans ; Alizée 13 ans ; Camille 13 ans :

La forme théâtrale permet de donner vie aux personnes disparues qui ont subi la Première guerre mondiale. Cela nous permet de nous mettre dans le personnage et de mieux ressentir cette époque. Cela transmet plus de choses qu’un simple échange en cours, de mieux comprendre ce qui s’est passé. On n’imite pas la guerre, mais la souffrance, et donc ça donne plus d’émotions aux gens.

Que signifie pour vous le devoir de mémoire ?

Gaëlle 3ème : c’est un devoir de mémoire parce que nous, ça peut nous paraître lointain.

Julien : c’est faire un travail qui permet de ne pas oublier et d’approfondir, de voir d’autres aspects de la guerre.

Madame Vandewalle : Parler de « devoir » implique une notion d’injonction un petit peu rigide, peut-être même contraignante. Je dirais donc qu’il y a un « travail de mémoire » à faire. Ce sont des générations qui sont complètement déconnectées de ces évènements, pour elles cela s’est déroulé il y a cent ans. Notre génération à nous, enseignants, c’est d’être un maillon intermédiaire entre ces évènements du passé qu’on a connus par l’intermédiaire des personnes qui ont vécu la guerre, et les nouvelles générations. Si nous oublions, nous finissons par oublier pourquoi c’est si important de continuer à construire l’Union européenne, à bâtir cette solidarité. Cela peut sembler une évidence pour les jeunes d’aujourd’hui de vivre dans une Europe en paix, sans frontière, mais ça ne l’est pas du tout. C’est un travail constant à tous les niveaux : la population, les institutions, les écoles, pour que cet objectif continue à vivre. C’est aussi ça le travail de mémoire.

Pour la rédaction de cet article nous tenons à remercier particulièrement Mme Meidinger, Coordinatrice Histoire et Géographie, qui a permis la coordination de l’ensemble de ces initiatives et leur mise en valeur.

Dernière modification : 26/11/2018

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