Portrait du mois : Norbert Hardy, président de l’Association des Français de Gand

Ce mois-ci, nous partons à la rencontre de Norbert Hardy, Président de l’Association des Français de Gand établi dans la région depuis une quarantaine d’années. Un riche parcours qui permet notamment de rendre compte du fort tissu associatif francophile de la région.

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Quand êtes-vous arrivé en Belgique et pour quelles raisons ?

Je suis arrivé en Belgique en 1967, au moment de la construction de l’usine sidérurgique Sidmar qui est devenue depuis Acelor-Mittal. À la fin de cette même année je suis rentré en France faire mon service militaire. A l’issue, comme j’avais gardé de bonnes relations ici à Gand, j’ai demandé à y être à nouveau muté afin de continuer à travailler sur le site de Sidmar en tant que ‘responsable études’ en mission. Par la suite je me suis marié à une Gantoise et me suis donc pleinement installé dans cette ville magnifique.

Quelle langue parlez-vous en famille ?

A la maison mon épouse parlait le flamand avec les enfants. J’utilise l’imparfait parce qu’ils sont partis depuis. Je le parle beaucoup moins bien, mais je me débrouille. Pour faire court, à la maison c’est bilingue.

De quelle région française êtes-vous originaire et avez-vous encore des attaches avec la France ?

Je suis originaire de la région du Mans, un petit village entre Sablé et la Flèche qui s’appelle Malicorne. J’y retourne très régulièrement. Depuis que je suis retraité, chaque année, j’essaye d’y passer au moins 50% de mon temps. J’y ai encore une maison là-bas.

Vos enfants sont-ils restés en Belgique ?

Oui pour trois d’entre eux. Ma fille aînée travaille ici en Flandres. Mon deuxième est entrepreneur en Belgique et en Pologne. Ma deuxième fille est installée à Monza, près de Milan, mariée à un italien et le quatrième vit encore à la maison. À vrai dire, ils sont plus européens que Belge ou Français.

Quelles ont été vos premières impressions lors de votre arrivée en Belgique ?

Très agréable.
Lorsque nous sommes arrivés, beaucoup de magasins parlaient encore le français donc nous n’avions pas vraiment le sentiment d’être des « étrangers ». Mais ça a beaucoup changé depuis. À la fin des années 1960 c’était la grande industrialisation. Il y avait plein de monde, des Allemands, des Espagnols, des Italiens. C’était très cosmopolite ! La région gantoise était devenue un melting pot européen. On était très bien accueilli. La preuve c’est que je suis resté ici !

Mais attention, nous sommes toujours très bien accueillis ! C’est juste que la communication a changé et que le français s’est perdu. Désormais, dans les magasins, à la poste ou dans les organismes officiels, on ne le parle plus. A l’occasion de discussions avec Luc Van Kerchove, président de l’Alliance française de la Flandre-Orientale basée à Gand, on faisait le constat que la jeunesse francophone utilise désormais principalement le flamand, puis l’anglais et se réserve de parler le français à la maison.

C’est ce constat qui a motivé votre investissement dans le milieu associatif français en Belgique ?

Pas du tout. Mon engagement associatif part d’un moment difficile dans ma vie professionnelle où ça n’allait pas très bien. J’avais beaucoup de temps libre à ce moment-là et un de mes beaux-frères m’a proposé de devenir membre de la jeune chambre économique. C’est par là que ça a commencé. J’ai donc intégré celle de Gand et j’y ai fait quelques connaissances qui m’ont par la suite propulsé vers la création de la Table Ronde Internationale Gand 100.

Puis au fur et à mesure de mon implication dans divers projets associatifs ou professionnels, on m’a demandé de prendre la présidence de l’Association des Français de Gand, association dont j’étais membre depuis 1974, et par la suite je suis entré dans divers groupes associatifs de Français résidents en Belgique.

On observe effectivement la présence d’un fort tissu associatif francophile à Gand…

Oui effectivement. L’Association des Français de Gand par exemple s’est réaffirmée dans les années 1963-1964 lors de la création de Sidmar. À partir de ce moment-là, beaucoup de familles d’ingénieurs ou de techniciens Français sont venus s’installer ici. Le consul de l’époque avait alors demandé à un groupe de ressortissants Français de créer une troupe de théâtre. C’est de là qu’est parti cette association. On a ainsi créé un club de bridge, de tennis avec dans l’idée d’occuper nos familles qui se trouvaient ici.

De même, pour répondre à la demande d’un certain nombre de ressortissants, on est parvenu à créer l’école française de Gand avec des ingénieurs de l’époque. On a ainsi demandé à l’académie de Lille de détacher quelqu’un à Gand pour avoir des cours de primaire pour nos enfants. Puis ça a pris de l’ampleur. Les enfants grandissant, on a ouvert une classe de sixième, puis de cinquième et ainsi de suite. Et on a fini par ouvrir un collège et envoyer quelques élèves jusqu’au bac. Mais, malheureusement on a dû fermer l’école en 2007 car on n’avait plus assez d’enfants français pour pouvoir pérenniser cette école. Ça devenait trop lourd financièrement malgré le mécénat de grands industriels gantois qui étaient très francophiles et avaient envie de nous aider. Il faut souligner que le mécénat nous a quand même permis de faire perdurer l’école jusqu’en 2007 !

L’association compte combien de membres dans son comité ?

Au sein de l’association on a toujours eu un comité très nombreux à hauteur de 10 à 12 membres. On essaye aussi de le rajeunir. Quelques jeunes y sont entrés depuis un an ou deux et ont quelques idées intéressantes qu’il faut mettre en place. En gros, on est une dizaine de volontaires au sein de l’association qui peut se mobiliser et aider à organiser les évènements, la famille, les membres. Pour résumer, on peut dire que l’on est une bande de copains avec qui on organise pas mal de choses pour nous occuper mais aussi occuper les gens intéressés. On a un petit noyau que l’on essaye d’élargir. Il faut croire que ça marche parce que des gens viennent de plus en plus.

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Il est à noter que le consul honoraire, François Deren, est lui aussi très impliqué dans la vie associative de Gand. Il est adhérent d’à peu près toutes les associations et participe activement à nos évènements. Il a été président de la Chambre française de commerce, administrateur de l’entraide et de l’association française de Gand. D’ailleurs, la démarche de l’ancien Consul général, Sylvain Berger, à l’initiative de l’assemblée générale des associations françaises en Belgique avait été très saluée par l’ensemble des associations. Son renouvellement il y a deux ans par le Consul général, Mme Butel, a là aussi été salué. Cette initiative nous a permis de comprendre les enjeux de chaque association sur l’ensemble du territoire et de voir comment d’autres associations ont pu régler leurs problèmes et ainsi instituer un partage d’expérience.

Quel est le profil des adhérents de l’Association des Français de Gand ?

Ils sont d’abord et avant tout des Français ou des bi-nationaux. On retrouve aussi des Gantois qui ont envie de continuer à parler français avec nous. On a eu peur ces dix dernières années quant à la survie de notre association car au fur et à mesure du temps les adhésions diminuaient. Mais là on repart à la hausse. Cette année on a singulièrement augmenté. On est désormais une centaine de familles, ce qui signifie au minimum deux à trois personnes par foyer.

Quel type d’activités proposez-vous ?

C’est assez varié. Dans le passé on a eu des tournois de tennis et des tournois de bridge. Maintenant ce sont plutôt le fameux repas des copains, la soirée bowling, ou les excursions qui sont les mieux appréciés. On a aussi organisé pendant très longtemps des pièces de théâtre, « les compagnons comédiens ». Mais maintenant on est moins nombreux donc on ne peut plus s’occuper de ça. On a aussi des visites culturelles comme des visites touristiques ou l’organisation de week-ends nous permettant de visiter une région… Actuellement, on a à peu près une voir deux activités par mois, soit entre 15 et 18 activités dans l’année. Cela va de l’apéro-rencontre aux mini-conférences, à l’instar des « Conférences pour les nuls », comme celle qui aura lieu le 7 décembre sur la politique belge. Mais on essaye de se renouveler le plus possible et notamment de se rassembler entre associations françaises pour avoir la possibilité d’organiser le plus de choses possibles.

Pourriez-vous m’en dire plus sur ce rassemblement des associations françaises de Gand ?

On était quand même un bon nombre d’associations, environ six ou sept, qui travaillions chacun de notre côté, et bien souvent on avait des activités qui se heurtaient. On a donc mis en place, depuis cinq ou six ans, la plateforme des associations françaises de Gand afin de fédérer nos efforts. Au sein de cette concertation il y a par exemple l’Entraide française de Gand, une association dans laquelle je suis administrateur, la Chambre Française de Commerce, il y a la Bande à Gavroche aussi qui participe aux réunions, le comité du souvenir ou encore l’Alliance française. Cette manière de se retrouver et de se concerter nous semble efficace. En tout cas cela nous permet de mieux nous organiser et de trouver de nouvelles idées.

Qui sont les nouveaux Français qui s’installent en région flamande et qui vous rejoignent au sein de l’association ?

Pour la plupart on ne les voit pas arriver. Mais ces dernières années on voit notamment de nouveaux venus s’installer dans le cadre de leur emploi dans le centre de recherche de l’Université de Gand. Ces quelques Français sont d’ailleurs, pour certains, désormais membres de notre association.

Un conseil pour le futur arrivant ?

Un Français qui vient en Flandres et à Gand en particulier doit savoir que pour bien s’établir il doit parler flamand. Il s’agit de faire un effort et de s’intégrer. On ne s’installe pas en Belgique pour être à nouveau en France.

Dernière question, quel est votre petit coin de paradis en Belgique ?

Chez moi, en banlieue de Gand, à Mariakerke.

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Dernière modification : 20/11/2017

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