Portrait du mois : Rémy Bossert, président de l’Association pour la Promotion de l’Alsace

Établi à Bruxelles depuis plus de trente ans, la riche implication de Rémy Bossert dans le tissu associatif de la région n’est plus à démontrer. Cet Alsacien pur souche a accepté de revenir sur son parcours et de nous parler plus particulièrement de l’Association pour la Promotion de l’Alsace (APA), qu’il préside depuis une dizaine d’années.

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Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Rémy Bossert et je dirige une petite société de conseil en communication ici à Bruxelles. Je suis né en Alsace près de Colmar, fils petit-fils et arrière-petit-fils de paysans, c’est dire si l’amour de la terre est dans mon ADN. Je suis évidemment très attaché à mes racines alsaciennes car c’est une région qui a une identité et une histoire fortes, en plus d’être belle. C’est donc tout naturellement que j’ai accepté la présidence de l’Association pour la Promotion de l’Alsace (APA).

Mais je suis également impliqué dans le monde associatif Bruxellois et Alsacien, mes deux patries. Je suis très impliqué dans le rugby club de Boitsfort, ayant même été président il y a deux ans. Je fais aussi partie du conseil d’administration de Slow Food, un mouvement international qui promeut une alimentation « bonne, propre et juste ». Je suis également membre du conseil d’administration de la Chambre de Commerce et d’Industrie France Belgique.

J’ai bien sûr d’autres passions, notamment le vin et plus particulièrement le vin bio et biodynamique. Faisant partie du grand conseil de la Confrérie Saint-Etienne des vins d’Alsace, j’organise une fois par an un « chapitre solennel » à Bruxelles, événement de prestige pour promouvoir nos grands crus. Je suis également passionné par la gastronomie, j’adore cuisiner et « charcuter ». C’est peut-être pour cela que de nombreuses activités de l’association tournent autour de la gastronomie et du vin, et on me reproche parfois de ne pas faire plus d’activités culturelles mais ce n’est pas vraiment ma nature (rires).

Quand êtes-vous arrivé en Belgique et quels sont les motifs de votre expatriation ?

Je suis arrivé en Belgique en 1987, initialement pour dix mois de stage. Je terminais une école d’ingénieur en informatique et électronique à Paris. Un bureau de coordination dans le domaine des standards internationaux de communication venait d’être créé à Bruxelles, une opportunité à saisir car c’était l’étranger tout en restant une ville francophone. Au bout de dix mois, on m’a proposé de rester. Je trouvais que Bruxelles et la Belgique avaient finalement beaucoup d’affinités avec l’Alsace en termes de mentalité. Les Belges sont sympas et conviviaux, aiment faire la fête, ont le sens de l’autodérision et ne se prennent pas trop au sérieux. Cela me convenait parfaitement. Arrivé pour 10 mois en 1987, faites le compte, j’ai passé plus de temps ici qu’en Alsace ! Mon épouse, originaire du même village en Alsace, m’a suivi au bout d’un an. Et mes deux garçons, parfaitement intégrés, revendiquent cette bi-culture.

Quels souvenirs gardez-vous de votre installation en Belgique ?

Comme j’étais venu pour seulement dix mois, cette expatriation était pour moi temporaire. De plus j’arrivais dans une petite structure qui venait d’être créée, mélange de Belges et d’étrangers ce qui facilite l’intégration. De plus, mes activités sportives et de loisir ainsi que l’école de mes enfants m’ouvraient la porte à d’autres cercles pour rapidement me faire beaucoup d’amis.

Pouvez-vous nous rappeler l’histoire de l’Association pour la Promotion de l’Alsace (APA), association que vous présidez ?

L’APA a été créée en 1979, à l’initiative d’Alsaciens qui habitaient en Belgique mais qui ne travaillaient pas tous dans les institutions européennes, pour faciliter la venue ou l’intégration des Alsaciens ici mais également pour promouvoir l’Alsace. Dès le début, l’aspect promotion de la région était important, avec quelques très beaux événements à notre actif, par exemple la venue du plus grand sapin (alsacien bien-sûr) sur la Grand Place de Bruxelles, inauguré par le président de la République française et son Premier ministre. Aujourd’hui, une centaine de familles sont membres de l’APA. Mais notre carnet d’adresses est bien plus large car je pense qu’il faut communiquer au-delà du cercle des membres pour précisément en attirer des nouveaux (notamment des jeunes).

Quels types d’activités sont organisés au sein de l’APA et à quelle fréquence ?

En termes d’activités, nous distinguons les activités purement associatives et les activités de promotion.

Parmi nos activités associatives, nous nous retrouvons toutes les 6 semaines pour un diner entre Alsaciens (un « Stammtisch » en alsacien), souvent rehaussé par la présence et la prise de parole d’une personnalité (député alsacien, consul général…). Nous avons aussi démarré un cycle d’APApéro, les apéros de l’APA : nous donnons rendez-vous aux Alsaciens et à leurs amis dans un bistrot typique bruxellois et chacun vient quand il veut et paye ce qu’il consomme. C’est donc une formule plus souple, souvent moins chère et plus ouverte et qui fonctionne bien avec la jeune génération !

Concernant nos activités de promotion de la région, cela ressemble un peu à un inventaire à la Prévert, avec des activités récurrentes telles que la Quinzaine Alsacienne qui propose, pendant deux semaines, une dizaines de plats alsaciens à la carte de 7 restaurants de la Grand Place. Avec, comme souvent dans nos événements, une dimension caritative où, par plat ou bouteille vendue, un euro est reversé à l’association Nativitas qui vient en aide aux plus démunis dans le quartier des Marolles. Nous participons également au 14 juillet des Ambassades, avec la tenue d’un stand de spécialités régionales. Nous organisons aussi notre compétition annuelle de golf : le Challenge Alsace, avec à la clé des prix « made in Alsace ». Avec d’autres associations régionales comme les Gascons et les Bretons, nous organisons des joutes gastronomiques amicales où chacun amène ses produits régionaux et son accent pour une belle soirée de partage. Nous tenons également un stand sur le marché de Noël de la Place Flagey avec tartes flambées, vin blanc, petits gâteaux au beurre maison (les « bredele ») et autres objets de l’artisanat régional. Là encore, les bénéfices sont reversés à une œuvre caritative.

Dans les événements non récurrents, nous avons, par exemple, fait venir une chorale de jeunes filles de Colmar qui a donné un récital dans la Chapelle Royale avant d’être logée chez les membres de l’APA. Nous allons sûrement réitérer l’opération cette année. Je trouve qu’il est important que les membres s’impliquent et investissent de leur temps plutôt que de simplement payer pour un événement ou un service. Nous avions également organisé l’avant-première du film « Qu’est-ce qu’on attend » sur les villes en transition : la ville en question, championne du monde de la transition, était une commune alsacienne.

Sur toute l’année, nous organisons donc un à deux événements par mois, de taille et d’importance variables.

Comment avez-vous été incité à vous investir dans cette association ?

Étonnamment malgré tous ces événements, je n’ai appris l’existence de l’APA que quelques années après ma venue ici. Je suis allé à une première réunion, par curiosité et avec prudence, craignant que ce soit un club de vieux nostalgiques critiquant leur pays d’accueil. Ce n’était évidemment pas du tout cela. J’ai donc participé à quelques manifestations, puis je me suis impliqué dans le conseil d’administration avant de prendre la présidence.

Quel est le profil des membres de l’APA ?

Ce sont bien sûr souvent des personnes ayant des attaches alsaciennes, des Alsaciens de naissance ou de cœur, mais l’association est bien-sûr ouverte à tous.

Il y a quelques années, nous avons fait le constat que l’association était quelque peu vieillissante (ce qui vaut d’ailleurs pour bon nombre d’associations) : des membres partaient notamment à la retraite et retournaient sur leurs terres en Alsace. Il fallait donc renouveler avec des jeunes. Ce pourquoi nous avons un tarif spécial pour les moins de 25 ans et organisons des événements pour ce public.

Par quels moyens faites-vous connaître l’association auprès des Français de Belgique ?

Nous avons un site Internet, une page Facebook et nous envoyons régulièrement une lettre électronique. Nous essayons, autant que faire se peut, d’être également visibles par le biais du site du Consulat. Mais je suis conscient que l’on devrait mieux exploiter les services du Consulat et/ou de l’ambassade.

Certains de nos gros événements génèrent des retombées presse. Par exemple, pour la Quinzaine Alsacienne, des articles ont été publiés dans la presse. Des radios nous invitent à intervenir dans leurs émissions.

Hormis Bruxelles, l’APA est-elle également implantée dans d’autres villes belges, voire dans d’autres pays ?

L’APA est présente dans toute la Belgique, mais forcément nos membres sont essentiellement de Bruxelles et ses environs. On a toutefois quelques membres qui vivent à Bruges, Gand, Namur…

Il existe une quarantaine d’associations similaires à la nôtre pour les Alsaciens de l’étranger, dans d’autres villes partout dans le monde : à New York, Québec, Lausanne ou encore Shanghai par exemple. Pour la petite histoire, la plus ancienne association d’Alsaciens à l’étranger a été créée à New York en 1871 par des émigrés alsaciens ayant fui leur région après la guerre de 1870. L’association de New York est d’ailleurs très dynamique. Hormis les associations alsaciennes, il y a également des membres individuels lorsque l’association n’est pas implantée dans un endroit où habite un Alsacien : il devient alors le représentant officiel des Alsaciens à cet endroit ! Donc quand je voyage, il y a toujours un alsacien « local » à contacter, pour un service ou pour aller boire une bière.

Quels liens entretenez-vous avec ces autres associations alsaciennes ?

L’Union Internationale des Alsaciens (UIA) chapeaute et fédère toutes ces associations. Je fais partie de son conseil d’administration, qui se réunit plusieurs fois par an pour discuter de la stratégie et d’actions de promotion cohérentes à travers le globe.

Une fois par an, l’UIA organise la Journée Internationale des Alsaciens de l’étranger : dans un village alsacien à chaque fois différent, la « diaspora » alsacienne se retrouve pour une journée de convivialité, de partage et d’enrichissement, avec des parcours souvent étonnants pour tous ces expatriés.

Avez-vous un petit coin de paradis en Belgique ?

Ici à Bruxelles, il y a beaucoup d’endroits où je me sens bien mais c’est le plus souvent lié aux amis que j’y retrouve et qui font l’âme du lieu. Le « avec qui » étant plus important que le « où ».

Mais mes racines sont en Alsace, dans mon village, ma terre, ma forêt. Alors que retourner de temps en temps en Alsace pour voir mes parents, mes amis et faire plein d’activités répondait à une envie, avec l’âge, cet appel de ma terre, ma « Heimat », devient presque un besoin physique.

Dernière modification : 03/04/2018

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