Portrait du mois : Samuel Pauwels, artiste de cirque

Issu d’une famille de cirque depuis huit générations, Samuel Pauwels, jeune français de 26 ans installé en Belgique, propose un tout nouveau spectacle à Bruxelles. Il nous parle de sa passion de toujours, le cirque, et nous présente son nouveau spectacle dans lequel il a souhaité insuffler une touche de modernité.

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Pouvez-vous nous présenter votre parcours ?

Je suis né à Paris, je suis 100 % Français et je suis tombé dans le cirque tout petit. En effet, mon père et mon grand-père étaient clown, ce-dernier a d’ailleurs travaillé au cirque d’hiver toute sa vie. Cela fait plus de 200 ans que l’on fait ça !
Lorsque j’étais enfant, mes parents travaillaient au jardin d’acclimatation à Paris, puis un jour, nous avons décidé de reprendre les routes vers la Belgique, en Flandres et en Wallonie. Nous sommes ensuite devenus en quelques sortes sédentaires, en installant notre chapiteau à Uccle, à la Plaine du Bourdon.

Nous nous sommes installés pour deux raisons principales : mes parents devenaient âgés et il était difficile de prendre les routes avec les contraintes que l’itinérance implique, mais aussi pour que je suive une scolarité normale jusqu’à mes 18 ans. Je n’ai pas continué car je savais déjà ce que je voulais faire, car ma passion a toujours été le cirque, et j’ai eu la chance de pouvoir en vivre.
Mon père, Marquis Pauwels, a mis le cirque à mon nom lorsque j’avais 13 ans, quand nous étions installés à Uccle. Je commençais déjà à m’occuper des spectacles, les artistes, les lumières, les décorations... Petit à petit mon père a pris du recul et m’a laissé tout gérer. Lorsque nous avons perdu l’emplacement à Uccle, nous nous sommes déplacés à l’hippodrome de Boitsfort, où, là aussi, le terrain a finalement été racheté, donc sommes allés à Laeken. Nous avons ensuite décidé de faire une tournée en Allemagne, à la suite de laquelle sommes revenus vers la Belgique.

Avec mon meilleur ami, Sandor, qui est anglais, nous nous sommes dit sur le ton de la blague « Et si nous montions un spectacle ensemble ? ». Ce qu’on a finalement fait, et nous avons écrit le nouveau spectacle que nous proposons actuellement à Bruxelles !

Pouvez-vous nous parler de ce nouveau spectacle ?

Nous l’avons nommé « Tik Tak » sur la base du nom du protagoniste, personnage créé en Allemagne avec ma cousine. C’est un clown avec un nez noir, un chapeau plat, un visuel différent de celui qu’on a l’habitude de rencontrer dans le cirque, pour renouveler le genre. Nous pouvons nous définir comme assez traditionnels, mais nous souhaitons néanmoins nous adapter aux évolutions actuelles. Même si je suis très attaché à l’esprit du cirque traditionnel, que j’ai dans le sang, on essaie d’insuffler de la modernité.
Donc le clown Tik Tak arrive en retard, et ouvre un livre : c’est le fil conducteur du récit. Il n’y a d’ailleurs plus de monsieur Loyal, le maître de la piste qui fait une présentation classique comme on le connaissait. Désormais les numéros sont présentés dans une continuité assez naturelle. On essaie vraiment d’apporter une âme à l’histoire et d’être proche du public. Pour cela, le public participe tout au long du spectacle, que ce soit au début, pendant ou à la fin, nous sommes tout le temps avec eux.

Comment souhaitez-vous « renouveler le genre » ?

On peut dire réellement que « Je pense cirque, je vis cirque », bref je ne pense qu’à ça, mais il faut savoir se renouveler pour ne pas tomber dans le « kitch ». Pour renouveler le genre, il faut partir des bases : comme la lumière, en intégrant des effets un peu différents avec de nombreux jeux de lumières, en proposant de la musique et des costumes plus modernes. Je me rends compte que ça marche, lorsqu’à la fin du spectacle, habillé en Tik Tak, ce clown moderne, je fais plus de photos avec des adultes qu’avec des enfants !

Combien de personnes participent au spectacle et comment les avez-vous recrutées ?
Nous menons une équipe d’une vingtaine de personnes, qui viennent de toute l’Europe.
A vrai dire, nous recrutons très peu à la sortie des écoles de cirque, même si deux artistes du spectacle actuel en sont issues. Cela fonctionne beaucoup plus par réseau dans le milieu des banquistes traditionnels (ndlr : artiste forrain), en assistant aux numéros d’artistes dans d’autres cirques ou alors grâce aux agences de cirque. Mon meilleur ami, avec lequel j’ai monté le spectacle Tik Tak, possède d’ailleurs une agence, ce qui nous a facilité la tâche pour recruter des artistes.

En quoi le cirque fait partie intégrante de la culture populaire en France et en Belgique ?

Le cirque est un des spectacles les plus regardés en France, avec près de 13 millions de spectateurs l’année dernière pour le cirque traditionnel. Il existe d’ailleurs une grande variété de cirques, entre 400 et 500, alors que la Belgique en propose une quarantaine. Le public belge est également très friand de cirque ici. Certains avis sont cependant très mitigés, ne pensant que les spectacles de cirques traditionnels ne sont destinés qu’aux enfants. Alors que le cirque peut se définir comme un spectacle pour adulte dans lequel on amène les enfants.
Le public que je rencontre, qui assiste à nos spectacles, en ressort content : ils arrivent à oublier leurs problèmes pendant deux heures et c’est le principal !

Quelles sont les contraintes de ce métier ?

Il y a quelques contraintes aujourd’hui à prendre en compte, comme les nombreuses démarches administratives… La réglementation sur la sécurité est un élément fondamental, comme l’homologation du chapiteau, des boites électriques, du dispositif incendie. Concernant nos chevaux, chacun dispose d’une fiche vétérinaire, une sorte de « passeport » qu’il faut tenir à jour.
La polémique sur le traitement des animaux par le cirque a pu nous causer du tort, alors que c’est loin d’être une généralité ! La question du bien-être animal a toujours été très importante pour nous. Aujourd’hui, les animaux sauvages sont interdits des cirques, et nous n’avons que des chevaux.
Le marketing est aussi une part considérable de notre travail, car la publicité permet de faire venir le public. Nous communiquons grâce au système classique d’affichage et de flyers, mais aussi sur les réseaux sociaux afin d’atteindre une audience plus large. Ce métier implique d’être polyvalent, il faut savoir tout faire !
Il faut avoir les épaules solides, mais heureusement que mon père m’aide en me donnant des conseils avisés sur les directions à prendre.

Est-ce qu’il est facile aujourd’hui de trouver un emplacement ?

Une personne est en charge de nous trouver des emplacements, elle effectue le mailing, puis nous organisons notre agenda en fonction des retours des municipalités. Une des premières choses à faire est d’adresser à la municipalité du lieu d’installation l’ensemble des documents attestant que nous sommes en règle. Après notre installation, un contrôle de sécurité est en général effectué.
Même si les emplacements proposés sont de plus en plus petits, les retours des communes sont en général très positifs car nous apportons de la bonne humeur. Avec les temps qui courent, les gens ont un peu le moral dans les chaussettes, donc on essaie d’apporter un petit peu de bonheur à chaque personne qui nous rend visite !

Quels sont vos autres projets ?

Après les dernières représentations du spectacle Tik Tak à Bruxelles, nous reprendrons les routes en février 2018 pour le proposer dans les Flandres. Ensuite, les 16 et 17 février, je vais organiser un autre spectacle, avec un associé, « La folie sur scène » dans une salle de théâtre à Braine-le comte. C’est un nouveau format dans lequel nous proposerons du cirque, mais aussi de la danse, avec une histoire théâtrale. Mon but c’est de faire de nouvelles choses, il faut être entrepreneur dans ce métier pour se réinventer.
Nous avions déjà proposé une pièce de théâtre, « Robin des bois et les saltimbanques », avec un décor composé d’un château, d’une forêt, de la place du village. L’histoire de Robins des bois était revisité grâce à l’univers du cirque. En effet, après l’enlèvement de la belle Marianne, artiste de cirque, les saltimbanques viennent demander l’aide de Robin de Bois pour la sauver.
J’aime me lancer dans de nouveaux projets au théâtre, mais j’y intègre tout le temps des éléments de l’univers du cirque car c’est ma passion !

Dernière modification : 31/01/2018

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